Chronique littéraire : “Nous n’irons pas tous au paradis”

Chronique littéraire : “Nous n’irons pas tous au paradis”
Dans ce troisième roman à plusieurs entrées, où les voix s’entremêlent en restant parallèles, Maria Guessous promène son regard dans l’intimité passionnelle de deux couples. Sans concession à la vérité, et servie par une plume qui la fait grimper à pas déterminés dans la notoriété littéraire, elle nous plonge dans les univers agités de l’amour et de la foi.
A travers une trame déclinée patiemment, presque paresseusement, le roman, paru en 2015, aux éditions «Afrique Orient», débute en donnant envie de découvrir la suite. Le décor est habilement planté par la peinture des traits de caractère de chaque personnage, orientant ainsi le lecteur dans le dédale tumultueux de l’âme humaine.
Qui est le personnage principal : Imane, Ahmed, Youssef ou Catherine ? Chacun d’eux et tous à la fois. Pour les deux premiers, c’est un mariage bâclé à la source car fondé sur un arrangement aux relents mercantiles. « Ne fais rien qui puisse contrarier ton mari, conforme-toi à ses goûts… les hommes aiment les femmes qui ressemblent à leur mère, et puis tâche de bien gâter son ventre et son bas-ventre », lui conseille une vieille tante. Pour le second couple, c’est l’inverse : « Les aiguilles de la montre n’avançaient pas assez vite quand ils étaient loin l’un de l’autre ».
Histoires d’amour donc, mais d’amours contrariées par des questionnements qui remuent le tréfonds de l’âme. Est-il si simple d’aimer à l’intérieur d’une coulée tourmentée des jours ? Peut-on aimer contre sa nature foncière ? Etre soi ne coûte-t-il pas plus de souffrance que de joie ?
Maria Guessous ne se fait avare d’aucune interrogation. Sans préjugé ni faux-fuyant, elle affronte des sujets touchant à l’essence de la passion et de la pensée. Dans une écriture colorée, qui vient en renfort d’un engagement à plus avancer pour davantage comprendre la psychologie humaine, elle questionne sans relâche et sans prétention à une quelconque vérité. Car elle doute, et tout son roman est parsemé de cris de tolérance. A Imane, rien n’est imposé malgré l’imbroglio où elle se retrouve ; à Catherine, jusqu’au dernier moment, la liberté de choix reste inviolable.
Dans ce roman ample, mélange subtil de romantisme et de naturalisme, dont l’écriture effleure souvent les mots pour marquer la pudeur à s’immiscer dans les intimités, les images se lèvent et les impressions affleurent. Il revient au lecteur de les cueillir, de déceler l’enjeu véritable de ce récit : porter la tolérance et l’intelligence au chevet du dogmatisme.
Dans ce livre des amours incomprises, l’imagination se déroule sans entrave à ce point qu’elle pourrait en devenir réalité. La littérature accorde cette ubiquité car elle ne pactise pas avec la raison, mais établit plutôt un lien biologique avec le frisson de l’écriture. L’auteure s’autorise ainsi la traversée de tous les états d’âme : Imane qui aspire à une résilience avec la rencontre d’un ancien camarade de faculté ; Catherine qui s’emballe au contact d’un imam fréquenté sur Internet.
Le roman est riche d’impressions, de sensations, d’émotions. Il ne contourne pas les questions douloureuses : le renoncement, la discorde, l’incompréhension, la confrontation avec l’épreuve quotidienne du vide. D’un mot: les différences entre les êtres et leurs aspirations profondes à être eux-mêmes.
Et la fin, comme un gong, sonne pour justement rappeler ce droit à chacun en instillant, dans la chair des mots, que nous sommes davantage des êtres de culture que de nature ; que nos aspirations nous distinguent sans nous opposer car nous nous rejoignons fatalement autour de la même quête : la paix intérieure. Même si cela nous coûte un combat avec nous-mêmes.
«Ceux qui vivent sont ceux qui luttent», disait Victor Hugo.

* Cercle de littérature contemporaine

​2015, un bon cru pour les industriels

​2015, un bon cru pour les industriels
Une majorité notable de chefs d’entreprise marocains voit d’un bon œil la situation économique du Maroc en 2015. Les avis sont plutôt positifs, à en croire le Centre marocain de conjoncture (CMC) qui vient de publier les résultats du dernier sondage portant sur les perspectives de croissance 2015 selon les chefs d'entreprise et réalisé du 7 janvier au 7 février courant.
Le CMC, qui a mené cette enquête auprès d'un échantillon d'opérateurs économiques représentatif afin de mieux cerner leurs attentes, met en relief des anticipations jugées plutôt favorables.
En effet, l’on indique qu’ils sont nombreux à penser que l’économie marocaine va croître de manière significative par rapport à 2014 et que le spectre de la déflation tant redouté ne pourra pas faire son apparition. Ce regard optimiste, note-t-on, est partagé par une proportion importante des participants à ce sondage. «Plus de 80% ont confirmé qu’une relance de l’économie marocaine serait au rendez-vous en 2015 et plus de 93% écartent la possibilité d’une déflation au cours de cette année car ils ne s’attendent à aucun phénomène susceptible de ralentir l’activité.», est-il précisé.
Et de relever dans la foulée que ce sentiment n’est, cependant, pas partagé en ce qui concerne l’importance de cette croissance. En fait, si les chefs d’entreprise s’accordent, presque à l’unanimité, sur le sens d’évolution de l’économie marocaine en 2015, les avis divergent concernant la croissance. En clair, tandis que la majorité des opérateurs interrogés (soit 59,6%) estime que le rythme de progression de l’activité économique au Maroc serait plus fort qu’en 2014, ils sont, en revanche, moins (29,8%) à penser que l’évolution de notre économie pourrait être comparable à celle observée une année plus tôt. 
Aussi, les résultats de cette enquête ont permis de relever que ces anticipations favorables des opérateurs marocains trouvent leurs origines dans l’existence de plusieurs phénomènes de nature à dynamiser l’activité dans de nombreux domaines. En décodé, les plus importants facteurs que mettent en avant les industriels sont l’amélioration de la situation hydrique, la tendance baissière du prix du baril de pétrole sur le marché mondial et son impact sur le marché intérieur. Ainsi, si la majorité des industriels participants à ce sondage (près de 92,8%) déclarent que les conditions climatiques ont été à l’origine de la formation de leurs anticipations, presque 64,6% répondent que le rôle de la pluviométrie dans la réalisation de cette performance est favorable et seulement 27% le considèrent comme très favorable.
Par ailleurs, s’agissant de la fiscalité, alors qu’elle est jugée importante pour 73,9% des patrons marocains qui lui attribuent un rôle positif à fortement positif dans cette dynamique prévisible, 23,9% des opérateurs pensent qu’elle n’aurait qu’un impact moyen sur la croissance en 2015. 

​Polémique sur l’expulsion de Chibanis d’un hôtel parisien

​Polémique sur l’expulsion  de Chibanis d’un hôtel parisien
La trentaine de retraités algériens et marocains, expulsés jeudi dernier d’un l'hôtel meublé du XIème arrondissement de Paris, aurait été provisoirement hébergée dans un ancien foyer des cadres de la SNCF géré par l'Association Aurore.
Expulsés manu militari, en pleine trêve hivernale, à la suite d'un arrêté de la préfecture de police de Paris, les papys expulsés sont en majorité des travailleurs migrants originaires du Maroc ou d’Algérie. Agés en moyenne de 65 ans, ils vivaient dans cet immeuble depuis plusieurs années, 10 à 20 ans. Voire plus.  
Selon la préfecture de police de Paris, les retraités de cet hôtel auraient été relogés dans un immeuble géré par l’Association Aurore, en attendant une proposition de relogement d’ici fin juin prochain.
Si l’état de vétusté de l’hôtel parisien ne fait aucun doute et imposait, par précaution, que ces derniers soient relogés ailleurs, c’est la manière dont ces retraités ont été expulsés de la rue Faubourg-Saint-Antoine, qui semble avoir offusqué ces derniers et plusieurs élus municipaux. 
 « Cette expulsion, sans jugement, pour de prétendues raisons de sécurité, prend par surprise les locataires organisés en association de locataires affiliés au DAL depuis l’été depuis qu’une menace d’expulsion arbitraire pesait sur leurs épaules », a déploré l’Association Droit au logement (DAL) dans un communiqué annonçant l’expulsion policière en cours de l’hôtel des Chibanis.
Tout se serait passé au petit matin, entre 6h et 7h. 
Pour Mohamed Amrouni (65 ans), cité par la chaîne France 24, «on est victimes de la violence d'État. Quand à 6 h du matin des policiers viennent vous réveiller pour changer les serrures et rassembler vos affaires pour vous expulser, j'appelle cela une déportation », fustige-t-il.
D’après une description de Youcef Ferkous (72 ans), un des expulsés,  « devant chaque porte, deux policiers et, en bas, une dame qui nous demandait de monter dans les camions », rapporte L’Humanité.
Selon le quotidien français, la police aurait laissé aux papis à peine le temps de prendre de quoi s’habiller. « Les vêtements, la vaisselle, nos albums photos, pour certains, leurs papiers, sont restés là-bas, s’émeut Youcef. Ça faisait seize ans que j’habitais l’immeuble. S’ils nous avaient donné un délai, on aurait pu s’organiser et partir tranquillement», peut-on lire sur le site du journal. Mais il n’y pas que l’excès de zèle de la préfecture qui est mis en cause. Certains des mécontents pensent que les locaux dans lesquels ils ont été relogés n’ont pas d’âme.
C’est en tout cas l’avis de Mohamed qui estime qu’« ils nous font vivre dans des piaules vides. Quatre murs et même pas une chaise. Pour dormir, il y a un simple lit de camp. La cuisine est collective et on n’a le droit de recevoir personne», rapporte L’Humanité.
Pour l'Association Droit au logement, il ne fait aucun doute qu’ «en agissant ainsi, la préfecture de police délivre un message clairement répressif». Un avis largement partagé par de nombreux chibanis.  

​Démantèlement à Mellilia d’un réseau de recrutement de femmes pour l’EI

​Démantèlement à Mellilia d'un réseau de recrutement de femmes pour l'EI
L'Espagne a annoncé mardi avoir démantelé un réseau de recrutement de jeunes femmes pour le compte du groupe Etat islamique (EI), notamment via Facebook, et arrêté quatre personnes dont deux au préside occupé de Mellilia.
Les deux personnes arrêtées à Mellilia "sont les responsables de la création et l'administration de plusieurs plateformes Internet par le biais desquelles ils diffusaient tout type de matériel de propagande" en particulier pour le groupe Etat islamique, affirme le ministère de l'Intérieur.
"Dans la droite ligne de la stratégie du groupe terroriste Daesh (groupe Etat islamique), ils se centraient sur le recrutement de femmes qui, après le processus d'endoctrinement, finissaient par intégrer ce groupe terroriste dans les zones de conflit" en Syrie et en Irak, ajoute le ministère dans un communiqué.
Selon lui, ces recruteurs organisaient également "des réunions privées à domicile" pour recruter les volontaires, ajoutant "que certains de ces jeunes avaient déjà lancé les préparatifs" pour se rendre en zones de conflit mais sans fournir le nombre de jeunes concernés.
"L'un des détenus administrait une communauté virtuelle qui éditait du matériel de propagande" pour EI et avait "plus d'un millier d'abonnés et un grand impact dans des zones d'Espagne avec un fort taux de radicalisation", ajoute cette source.
"Sur Facebook aussi, ils disposaient d'une multitude d'abonnés à l'extérieur de l'Espagne, plus précisément en Amérique latine, et dans d'autres pays comme la Belgique, la France, le Pakistan, le Maroc, l'Arabie saoudite, les Etats-Unis, la Turquie et la Tunisie".
La Garde civile tente d'établir les liens entre ces deux personnes et les deux autres, arrêtées dans les provinces de Gérone et Barcelone (nord-est de l’Espagne).
L'un de ces deux derniers suspects, "qui s'était défini dans un reportage de la chaîne américaine CNN comme un sympathisant de l'Etat islamique", est décrit comme offrant "un profil typique de l'acteur solitaire, c'est-à-dire, passé de la consommation de la propagande pro-terroriste au prosélytisme intense".
L'autre diffusait du matériel vidéo pour recruter de nouveaux jihadistes, selon le ministère. Des perquisitions ont été ordonnées à leurs domiciles respectifs.
L'Espagne a démantelé plusieurs réseaux de ce type ces derniers mois, en particulier dans les présides de Mellilia et de Sebta.
Selon les autorités une centaine d'Espagnols auraient rejoint les rangs de "milices jihadistes" en Irak ou en Syrie, un chiffre relativement faible par rapport aux milliers de Français, Britanniques ou Allemands qui sont partis.
Le Maroc, ayant récemment renforcé sa législation antiterroriste, ne masque pas son inquiétude face au phénomène alors que plus de 2.000 Marocains, en comptant les binationaux, ont rejoint des groupes comme l'EI. 

​Une Coalition pour l’égalité et la démocratie voit le jour à Casablanca

​Une Coalition pour l’égalité et la démocratie voit le jour à Casablanca
La société civile monte au créneau et décide  de se mobiliser et d’agir pour faire face à la marée rétrograde qui risque d’anéantir les acquis pour lesquels les Marocains et  les partis démocratiques ont tant lutté.
En effet, la «Coalition pour l’égalité et la démocratie» qui a vu le jour la fin de la semaine écoulée, a appelé à l’organisation d’une marche nationale, le dimanche 8 mars 2015 à Rabat, «pour contrer la marée réactionnaire qui fait obstruction à l’opérationnalisation démocratique des dispositions de la Constitution», selon un communiqué de presse que cette coalition a rendu public.  Celle-ci  se compose d’associations, de réseaux civils et culturels, de partis politiques et de syndicats qui se sont réunis samedi dernier au siège de la Fédération de la Ligue démocratique des droits des femmes à Casablanca. 
Ces différents acteurs ont  mis en relief le fait que le projet sociétal démocratique basé sur l’égalité pour lequel les Marocains ont lutté pour en asseoir le principe, se trouve aujourd’hui menacé par un courant rétrograde et traditionnaliste qui use de l’exclusion,  de l’intimidation et de la pensée unique comme moyens de persuasion. «Cet état de fait exige une action commune des élites civiles, politiques et syndicales en vue de défendre les acquis et de consolider les valeurs de la modernité et de l’égalité», a souligné la même source.
Pour Fouzia Assouli, présidente de la Fédération de la Ligue démocratique des droits des femmes, la création de cette coalition  ne vise personne, mais elle a pour but de dénoncer les politiques publiques mises en œuvre, le discours reproduisant des stéréotypes éculés et néfastes, et tirer la sonnette d’alarme sur la dégradation dangereuse des conditions de la femme au Maroc (mariage des mineures, féminisation de la pauvreté, chômage des femmes…). 
Cet état de fait explique largement, selon elle, le classement mondial du Royaume sur l’échiquier de l’égalité des genres où il  occupe la 133e place sur 143 pays.
« La coalition réunit toutes les volontés qui se sont mises d’accord pour la création de cette plate-forme visant à défendre les acquis constitutionnels qui tardent à se concrétiser », a souligné la même source.
Cette coalition ne se contentera pas seulement de l’organisation de la marche du 8 mars prochain à l’occasion la Journée internationale de la femme, mais elle entend élaborer un programme de lutte pour une période allant de février à octobre 2015. Ce programme a pour objectif « d’exiger que l’égalité et la démocratie soient au cœur de différentes réformes politiques, institutionnelles et juridiques. Un programme détaillé sera établi afin d’interpeller les différentes institutions  (gouvernement et Parlement) sur le sort du projet moderniste démocratique contenu dans le dispositif constitutionnel. Ce programme comprend l’organisation de plusieurs conférences et de symposiums nationaux et régionaux dont la finalité consiste en l’élaboration d’une charte de l’égalité et de la démocratie. Il comporte également une vaste campagne de communication». 

Bassima, Icram et toutes les autres

Bassima, Icram et toutes les autres
Bassima Hakkaoui, la ministre de la Famille et de tout le reste, a-t-elle changé ? A «qui veut gagner des millions», la question peut rapporter gros. Mais il faut d’abord utiliser tous ses jokers. A commencer par le coup de fil à une amie. Et l’amie en question, qui ne veut probablement pas que vous gagniez des millions, vous rappelle perfide cette déclaration de notre seule  femme du gouvernement prononcée il y a quelques mois à peine.  «Les associations portent atteinte à l’image du Maroc à l’étranger par leur mauvais usage des cas de viols des enfants et le mariage de mineures», dixit la ministre. Ça sent le vécu d’une amie indignée. Faut-il changer d’amie ou de ministre?
Pour l’heure, changeons de joker et reposons la question. Peut-être que Bassima a changé. Vraiment changé. On peut porter voile et djellaba et défendre la dignité des Marocaines, une dignité  qui passe forcément par l’adoption de principes universels. D’accord, la ministre a fait des déclarations fracassantes du genre. «Parfois le mariage de la violée à son violeur ne lui porte pas un réel préjudice».  Pas très intelligent de dire après le suicide d’une jeune Larachoise mariée justement à son violeur. Mais bon, ce sont les aléas du direct. 
Re-reposons la même question avec la foi du charbonnier. Après trois ans  de pouvoir, la ministre de la Famille, celle-là même qui en appelait à l’organisation d’un référendum sur l’avortement dans les cas les plus extrêmes comme le viol ou l’inceste, est-elle «toujours la même sans être vraiment une autre»? Elle n’a pas prononcé une seule idée, pas même une phrase ou  un traitre mot dans l’affaire «Chraïbi», le toubib en guerre contre l’avortement clandestin qui a perdu son poste parce qu’il a osé en parler à la télé française. Dans son cas à elle, le silence est d’or.
Son voile est certes plus recherché, presque élégant, mais bon c’est toujours un voile et il a la particularité de cacher toutes les pensées fondées sur l’égalité, la parité, l’émancipation, l’ouverture, la modernité, l’universalité. Soyons justes, tout n’est pas sombre dans le bilan de la ministre. Elle nous a bien concocté une stratégie de l’égalité. Elle l’a appelé «ICRAM». Ça sent l’aumône. Aux larmes citoyennes !

​L’âme de Aït Ljid pourchasse Hamieddine

​L’âme de Aït Ljid pourchasse Hamieddine
Pour la énième fois, Abdelali Hamieddine, dirigeant du PJD, est pris à partie au sein d’une faculté. Lundi après-midi, à la Faculté de droit à Marrakech, des centaines d’étudiants ont manifesté leur mécontentement suite à sa présence, pour animer une conférence, organisée dans le cadre de l’Association marocaine des sciences politiques. Les jeunes qui brandissaient des pancartes de l’UNEM, scandaient des slogans en faveur du martyr Mohamed Aït Ljid Benaissa, assassiné par des groupes islamistes en 1993. Vingt-deux ans après, Abdelali Hamieddine est toujours accusé, par la famille Aït Ljid, comme étant «l’un des assassins» de son fils. Pour les étudiants, l’arrivée d’Abdelali Hamieddine dans leur faculté «est une provocation manifeste. Tout un mouvement au niveau national l’accuse d’avoir participé à l’assassinat du martyr Benaïssa». D’ailleurs, ce n’est pas la première fois qu’il est «chassé» de l’enceinte d’une faculté. L’année dernière, le même Hamieddine avait été la cause d’un affrontement entre ses «frères» et des étudiants de la gauche radicale. Bilan : un mort. «Il sait très bien que pénétrer dans une faculté pleine de jeunes gauchistes signifie une provocation à leur encontre … S’il veut que ce soit sans problème, il n’a qu’à passer devant un juge pour tirer au clair cette affaire, sinon l’on passera vingt autres années sans qu’il puisse être le bienvenu», commente l’étudiante Rachida Azami, qui a pris part à cette action de protestation. 
Par ailleurs, de nombreux professeurs se sont associés aux étudiants appelant au départ d’Abdelali Hamieddine de la faculté et spécialement de l’amphithéâtre Mokhtar Soussi. «Nous ne voulons pas que nos facultés soient un lieu d’effusion de sang, à chaque fois que Hamieddine y met les pieds ; il doit impérativement mettre fin à ce feuilleton dramatique…», fait préciser un professeur congressiste et membre de l’Association marocaine des sciences politiques.  

La Grèce soumet à l’Europe une feuille de route d’engagements de réformes

La Grèce soumet à l’Europe une feuille de route d’engagements de réformes
Athènes a fait parvenir mardi à ses partenaires européens un programme de réformes, condition à la poursuite de leur soutien financier, et accueillie avec bienveillance par Bruxelles qui y voit "un point de départ valide". 
"Dans les temps", selon un tweet d'une porte-parole de la Commission européenne, le gouvernement grec a soumis à ses partenaires une feuille de route d'engagements de réformes. Celle-ci est "suffisamment complète pour constituer un point de départ valide" pour qu'Athènes et ses créanciers s'entendent sur la poursuite du financement au pays, a commenté mardi une source de la Commission européenne. La bourse grecque a bondi de plus de 7% après l'ouverture et les taux d'emprunt grecs se sont nettement détendus dans la matinée.
Commission européenne, Banque centrale européenne (BCE) et Fonds monétaire international (FMI) doivent examiner la liste, puis, sous réserve d'avis positif des trois institutions, les ministres des Finances de la zone euro en débattront lors d'une conférence téléphonique dans l'après-midi. M. Tspiras a pour sa part convoqué un conseil des ministres en milieu de journée pour étudier avec son gouvernement la mise en oeuvre de ce programme. 
Ces engagements conditionnent l'extension pour quatre mois du soutien financier des Européens et du FMI, qu'Athènes s'était résigné à demander la semaine dernière. Sans cela le programme d'aide en cours expire samedi, et le pays risque l'asphyxie financière à moyen terme.
Le gouvernement grec de gauche radicale a donné lundi soir un aperçu de sa liste. Elle comprend toute une série de mesures en faveur des plus défavorisés, conformément au programme du parti Syriza, porté au pouvoir fin janvier. 
L'ensemble de ce dispositif avait été évalué par Syriza, avant les législatives du 25 janvier, à 1,8 milliard d'euros.
Athènes promet également la lutte contre l'évasion fiscale, la corruption, la contrebande d'essence et de cigarettes et la "réorganisation de la fonction publique" pour diminuer la bureaucratie.
Les créanciers d'Athènes - qui lui ont déjà consenti depuis 2010 quelque 240 milliards d'euros de prêts en échange d'une douloureuse cure d'austérité - exigent que les mesures présentées ne remettent pas en cause la stabilité des finances publiques, et ne détricotent pas ce qui a été mis sur les rails par les précédents gouvernements. 
La pression est élevée aussi du côté des Européens. En Allemagne, où la prolongation de l'aide à la Grèce doit faire avant la fin de la semaine l'objet d'un vote du Bundestag, Chambre basse du Parlement, "beaucoup de voix critiques" se sont fait entendre. D'autres Parlements nationaux, aux Pays-Bas et en Finlande notamment, doivent se prononcer sur l'extension de l'aide.  

​Vulgariser les lois pour tous les justiciables

​Vulgariser les lois pour tous les justiciables
«Nul n'est supposé ignorer la loi ». Mais peut-on raisonnablement soutenir une telle affirmation dans un pays où 52% de la population est analphabète dans la langue de la loi ? Peut-on affirmer que le citoyen lambda connait la loi, ses obligations de citoyenneté et ses droits en Côte d'Ivoire ? Si non, pourquoi ? Cette contribution se propose d'apporter des éléments de réponse à ces questions, en rappelant la centralité des droits linguistiques dans le processus de développement.
Prenons le cas du foncier rural. La loi ivoirienne du 23 décembre 1998 portant Code foncier rural a fait l'objet de plusieurs textes d'application, dont 3 décrets présidentiels et 14 arrêtés ministériels, visant à accélérer la modernisation de la gestion de l'espace rural dans un délai de 10 ans. L'Article 26 nouveau de cette loi (no 2004-412 du 14 août 2004) était supposé réduire les conflits fonciers et favoriser la paix sociale. Toutefois, de l'avis de tous les experts, cette loi a du mal à être mise en œuvre (seuls 200 titres fonciers auraient été délivrés depuis sa promulgation et seulement 1,5% des terres seraient enregistrées) et, du fait de sa méconnaissance, les litiges et les conflits persistent. Aussi, vient-elle d'être complétée par la loi no 2013-655 du 13 septembre 2013, relative au délai accordé pour la constatation des droits coutumiers sur les terres du domaine coutumier, portant modification de l'article 6 de la loi no 98-750 du 23 décembre 1998 relative au Domaine Foncier Rural, et visant à faciliter l'accès à la propriété.
Si la réforme foncière doit obéir au seul critère de l'efficacité, son application sur le terrain est grippée à la fois par la tentative d'application d'un nouveau système de droit à un ensemble disparate de pratiques et de coutumes, l'analphabétisme, les formalités administratives compliquées et coûteuses, les services administratifs éloignés et défaillants et le manque de vulgarisation de la loi. Tout le monde s'accorde à dire que la loi a besoin d'une large explication, afin de créer les conditions d'une bonne application, parce qu'aucun texte de loi ne peut être efficace, tant que sa mise en œuvre pose problème. Comment donc relayer efficacement la teneur des lois auprès des populations ? Quels sont les moyens que l'État doit mettre en œuvre pour assurer une réelle égalité de tous les citoyens devant une de leurs obligations fondamentales, celle de ne pas ignorer les lois de la République ?
En pratique, tous les droits (et obligations) inscrits dans les lois supposent un moyen efficace de communication. Or, « préserver », « garantir » et « jouir » de ses droits suppose que l'on puisse les « identifier » d'abord, les « exprimer » ensuite, et les « réaliser ». Dès lors, la question de nos langues nationales, ne peut être occultée, et les économistes et les politiques se méprennent gravement d'ignorer la place et le rôle de ces langues, comme un des facteurs essentiels au développement durable. La Côte d'Ivoire reste aujourd'hui un des rares pays au monde où l’enfant d’âge scolaire n’a pas la possibilité de commencer son apprentissage dans sa langue ; s'obstiner à continuer cette pratique des temps anciens, c'est marginaliser la majorité des forces vives de la Nation qui, analphabètes dans la langue d’emprunt, sont forcées de « patauger » dans l’informel et l’insécurité. En d'autres termes, bien qu'égaux devant la loi, la langue qui énonce cette loi ne nous assure ni ne nous garanti l'égalité de la jouissance de nos droits. Ces lois sont peut-être faites pour tous, mais elles ne servent pas les intérêts de tous.
Au delà du culturel, de l'identité, de la spiritualité et des traditions, nos langues sont d'une pertinence inattendue, car elles touchent à tous les domaines de la vie quotidienne - éducation, santé, économie, religion, gouvernance, etc. - et sont une condition sine qua non de notre participation active aux activités socioéconomiques et civiques. C'est à travers ces langues que nos citoyens se découvrent et se transportent les uns vers les autres ; ce sont elles qui nous enseignent le partage commun et de communauté et nous offrent un voyage symbolique et réel de l'identité à l'identité et de celle-ci à l'altérité. Il existe une forte interdépendance entre les langues que nous parlons et la vulnérabilité de nos populations ; aussi, marginaliser les langues nationales, comme nous nous plaisons à le faire, c'est refuser d'autonomiser les locuteurs de ces langues ; parce que, ne pas reconnaître les langues dans lesquelles nos citoyens organisent leur vie quotidienne, socialisent et éduquent leurs enfants, c'est leur nier la chance de prendre en main leur destin. Or, c'est à travers ces langues que nous pouvons espérer réduire la misère et la pauvreté qui les affligent, qui nous affligent tous.
Nos langues ne sont pas à la périphérie du développement. Au contraire, elles sont la clé du développement durable ; et c'est à tort que certains présument que le développement ne repose que sur les performances économiques. L'économie elle-même repose sur les langues, parce que l'amélioration des choix et de la qualité de vie des acteurs du développement reposent à leur tour sur la qualité de leur éducation, leur facilité d'accès à la propriété foncière et leur capacité à prendre une part active à la gestion de la chose publique. Comme les indicateurs économiques, nos langues et notre répertoire linguistique national ne sont pas que des abstractions  elles ont une praxis et ont des conséquences réelles sur le quotidien de ceux qui les parlent.
La question de la pertinence de nos langues dans le domaine du foncier rural se résume donc à renforcer la capacité de nos concitoyens à s'imprégner des lois sur des sujets fondamentaux à leur vie quotidienne et se donner les atouts nécessaires pour façonner leur propre destin de manière responsable. L'allemand, l'italien, le français et le romanche ne se côtoient-ils pas en Suisse ? La vraie question est donc de savoir comment bâtir une ouverture linguistique et une cohésion sociétale, sans retomber dans la « paix » de l’autorité verticale qui ignore l’Autre et lui impose une seule identité par le biais d'une langue comme seul outil de communication.

 * Ph.D., NAATI III, Chevalier dans l’Ordre des Palmes Académiques. 
Article publié en collaboration avec le think tank ivoirien
 indépendant Audace 
Institut Afrique

​Le ministre de la Société civile désavoué par la société civile

​Le ministre de la Société civile désavoué par la société civile
La Dynamique de l’appel de Rabat est on ne peut plus claire : elle ne prendra pas part à ce que Mohamed Lahbib Choubani, ministre des Relations avec le Parlement et la société civile appelle «Journée de la société civile». Il s’agit certainement d’une campagne préélectorale, soulignent les principaux animateurs de ce collectif. Se montrant généreux, cette fois-ci, le gouvernement d’«austérité» ose  accorder la bagatelle somme de deux milliards de centimes en faveur de cette initiative. 
La Dynamique de l’appel de Rabat tiendra, le 11 mars, un point de presse pour exposer les sujets relatifs au développement des projets de loi à défendre auprès des groupes parlementaires et annoncer les derniers préparatifs de la marche de la société civile, en perspective. 
La Dynamique de l’appel de Rabat ne manque pas de condamner les attaques ciblées du gouvernement contre les femmes, réduisant à néant les acquis démocratiques de cette cause qui reflète pourtant une société moderne et démocratique. 
«Nous ne cautionnerons pas un dialogue/monologue en l’absence de la société civile démocratique connue et reconnue par tous. Nous disons que la société civile veut et doit rester indépendante. Ce n’est d’ailleurs pas un ministre qui doit organiser un dialogue ni consacrer une journée nationale. Cela constitue une ingérence dans les affaires civiles par un gouvernement politique », fait remarquer Ahmed Dahmani, dirigeant de l’Alliance civile pour une régionalisation démocratique. 
Le comité de supervision de la Dynamique «met également en garde contre l’implication de l’institution Royale dans des approches politiciennes passéistes d’un gouvernement qui a montré ses limites en matière de gestion et de propositions». Dans un communiqué rendu public suite à une réunion du comité de supervision, la Dynamique a condamné «cette vision conservatrice qui ne reflète aucunement l’esprit sur la base duquel a été mise en place la Constitution de 2011». 
Le ministre des Relations avec le Parlement et la société civile oublie ses fonctions institutionnelles et refait ainsi des siennes. Une énième récidive qui reflète une pensée discriminatoire, selon ses détracteurs, qui vise la mise en place d’un équilibre au sein de la société civile, à travers l’implantation et l’encouragement de structures associatives « loyales ». 
Il a aussi, selon nombre d’acteurs associatifs, essayé de démanteler ces structures, en vain. La société civile démocratique est bel et bien ancrée et mène le combat qui est le sien. Après avoir choisi de faire cavalier seul dans son «dialogue» national sur la société civile, il tente de s’immiscer dans les affaires des associations civiles qui sont censées être indépendantes.
Pour rappel, les prémices de la Dynamique de l’Appel de Rabat datent du 11 avril 2012 quand plus de 500 associations ont réagi à la campagne qui les visait, orchestrée par le ministre Choubani himself.