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déc
30

Brésil: des détenus construisent les stades du Mondial… et leur avenir

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Brésil: des détenus construisent les stades du Mondial... et leur avenir
"Ma vie a repris son cours", affirme, la tête haute, Thiago Elias Ferreira, un des prisonniers qui travaillent à la rénovation du stade de Belo Horizonte (sud-est) en vue du Mondial 2014 de football.
Le visage buriné par le soleil, Thiago, un ancien narcotrafiquant de 26 ans, a intégré un programme de réinsertion de prisonniers. Responsable des outils sur le chantier, il voit dans son travail "une chance unique", a-t-il confié à l'AFP.
Le jeune homme est l'un des 16 détenus d'une prison de Belo Horizonte, la capitale de l'Etat du Minas Gerais, qui travaillent sur ce chantier, au côté de 1.500 ouvriers pour achever, d'ici à la fin 2012, la reconstruction du stade du Mineirao qui accueillera des matches de la Coupe des Confédérations en 2013 et de la Coupe du monde en 2014.
Pour trois jours de travail, chaque prisonnier bénéficie d'une remise de peine d'un jour.
"Pour nous qui sommes en (régime) semi-ouvert, c'est une grande opportunité que nous devons saisir et prolonger le reste de notre vie. Parce que si nous continuons dans le crime, il n'y a que deux issues: la chaise roulante ou reposer six pieds sous terre", selon Thiago.
Après deux ans et cinq mois de prison, le jeune homme est impatient de retrouver la liberté en février et de continuer à travailler au Mineirao où il est payé 600 reais par mois (250 euros), un peu plus que le salaire minimum, grâce auxquels il fait vivre sa mère, sa femme et son fils d'un mois.
"J'espère montrer (à mon fils) ce par quoi je suis passé pour qu'il ne refasse pas les mêmes bêtises et lui donner tout ce que je n'ai pas eu dans ma vie", explique Thiago en montrant fièrement les photos de son bébé sur son téléphone portable. "Si Dieu le veut, je vais réussir dans la vie", ajoute-t-il.
A 11H00, les ouvriers abandonnent la boue et les décombres du Mineirao et laissent leurs outils dans l'entrepôt géré par Thiago qui se transforme en cantine.
Là, tous les jours, ils sont attendus par Francisco das Chagas Queiroz, plus connu entre eux comme "Chiquinho", un vétéran chargé de l'organisation des services.
Francisco, 52 ans, qui a déjà passé 17 ans en prison pour avoir attaqué une banque, est l'un des "employés du mois", choisi pour son efficacité et son dévouement au travail.
La reconnaissance de ses superviseurs "est un très grand honneur", dit-il d'une voix douce.
"Il est clair que je suis venu ici pour faire une différence. Et grâce à Dieu, j'ai réussi et on apprécie mon travail. J'ai été promu après 12 jours pour aider à coordonner les choses", a-t-il dit. "Travailler à la reconstruction (du stade) est un honneur. Etre mis en valeur dans une grande entreprise est quelque chose de réconfortant", souligne Francisco qui espère continuer à y travailler à sa sortie de prison en janvier. Il ne se repent pas de ses crimes: "Je suis ce que je suis à cause des difficultés que j'ai traversées", dit-il. Cet ancien commerçant a un quotidien harassant qui commence à 05H00 du matin au stade, se poursuit à 18H00 à l'Ecole d'infirmerie et se termine vers 23H30 quand il regagne sa cellule. Se penchant sur son passé, il raconte qu'il a commencé à voler dans les années 1980 quand il luttait contre la dictature militaire (1964-1985). Il affirme avoir connu, vers 1977-78, l'ancienne guerillera et actuelle présidente du Brésil Dilma Rousseff. Elle "était terrible, dans le bon sens", assure-t-il. "Elle risquait sa vie pour la cause des autres", dit-il, admiratif.

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août
6

Les langues papoues s’évanouissent sans faire de bruit

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Qui parlera l'iniai, le faiwol, le moskona ou le wahgi en 2050? Probablement plus personne sur l'île de la Nouvelle-Guinée, principal réservoir linguistique de la planète, où les langues disparaissent dans une quasi indifférence.
Lorsqu'il se rend dans un village, Yoseph Wally tend toujours l'oreille, curieux de comprendre dans quelle langue se parlent les habitants.
"C'est de plus en plus souvent en indonésien. Seuls les plus âgés s'expriment encore dans la langue ou le dialecte local", se désole l'anthropologue de l'université Cendrawasi de Jayapura.
Il lui arrive même d'apprendre, dans tel village, que plus personne n'est capable de comprendre le sens de tel mot traditionnel. "Certaines langues ont disparu très rapidement, comme le muris, qui était encore parlé il y a une quinzaine d'années dans une région côtière", témoigne-t-il.
Ce processus est irrémédiable à cause de l'extrême morcellement du paysage linguistique de la Nouvelle-Guinée, qui compte environ un millier de langues et dialectes, dont 800 en Papouasie Nouvelle Guinée (PNG) et plus de 200 en Papouasie indonésienne.
La plupart des langues papoues sont parlées par moins de 1.000 locuteurs, souvent au sein d'un village ou groupe de hameaux. La plus utilisée est l'enga, avec quelque 200.000 locuteurs sur les hauts plateaux du centre de la PNG, suivie par le melpa ou le huli.
"A chaque fois qu'un habitant meurt, c'est un peu d'une langue qui disparaît car seuls les plus âgés l'utilisent encore", souligne Nico, curateur du musée de l'université Cendrawasi.
Car, "dans les villes mais aussi au fin fond de la forêt, l'indonésien est devenu la première langue chez les moins de 40 ans. La langue traditionnelle est réservée aux célébrations, aux fêtes communes", témoigne Habel M. Suwae, le régent du district de Jayapura.
En PNG, sous l'influence de l'Australie voisine, c'est l'anglais qui s'est imposé même s'il pénètre encore difficilement dans certaines tribus, en particulier sur les hauts plateaux isolés.
Les pouvoirs publics sont parfois accusés de rester inactifs, voire de favoriser la langue officielle afin de mieux assimiler les populations, en particulier en Papouasie indonésienne.
Mais, pour Hari Untoro Dradjat, conseiller auprès du ministre indonésien de la Culture, quelles que soient les initiatives lancées pour introduire l'enseignement des langues traditionnelles dans les écoles, "il est quasiment impossible de conserver une langue si elle n'est plus parlée dans la vie courante".
Volontariste malgré son pessimisme quant à l'avenir, l'anthropologue Yoseph Wally estime que "seuls l'art et la culture sont susceptibles d'empêcher les langues papoues de tomber dans l'oubli".
Comme les Papous aiment chanter et faire la fête, ils doivent "le faire dans leur langue", soutient-il. Ainsi, les jeunes "voudront la découvrir en cherchant à comprendre le sens des chansons".
A défaut de sauver les langues en voie d'extinction, les chercheurs veulent en conserver une trace, une tâche difficile alors que la plupart d'entre elles sont uniquement orales.
L'université d'Oxford a ainsi lancé une course contre la montre pour enregistrer Emma, 85 ans, Enos, 60 ans, et Anna, 60 ans, les trois derniers Papous capables de s'exprimer en langue Dusner.
Avant cette dernière, plus de 200 langues se sont éteintes au cours des trois dernières générations dans le monde. 2.500 autres sont menacées sur un total de plus de 6.000, selon l'Atlas des langues en danger de l'Unesco.
 

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